Découvrez les œuvres des lauréats

Lancé en mars dernier à l’occasion de la Semaine de la langue française et de la francophonie, le concours « Dis-moi dix mots » a recueilli un succès exceptionnel auprès des Robinsonnais. Dès le plus jeune âge, en famille, ou à l’école, en texte ou en vidéo, vous avez été très nombreux, cette année, à célébrer la langue française à travers vos magnifiques créations autour de la sélection de mots mettant à l’honneur le thème de l’édition 2021 : l’air. Découvrez les œuvres des 30 lauréats, pour une bouffée de culture et d’inspiration…

    Proposé chaque année par le Ministère de la Culture et la Médiathèque Jean d’Ormesson à l’occasion de la Semaine de la langue française le challenge « Dis-moi dix mots » invite les francophiles de tous âges à exprimer leur amour de la langue française à travers une œuvre de leur choix, autour d’une sélection de dix mots.

    Et la créativité a été au rendez-vous ! Après le succès de l’édition 2020, les Robinsonnais de tous âges ont été encore plus nombreux, cette année, à participer, seuls ou en groupe, et à proposer leurs créations à la Médiathèque.

    En textes, récits, poésie, ou encore en vidéo… les bibliothécaires vous proposent de découvrir les œuvres des 30 lauréats de cette édition 2021 et remercient l’ensemble des participants à cette édition exceptionnelle.

     

    Un bol d’air pour 2021

    Choisis par des partenaires francophones (Belgique, France, Québec, Suisse, Organisation internationale de la Francophonie), les dix mots de la sélection visent à faire découvrir les nombreuses richesses de la langue française autour d’un thème.

    Source de sensations, d’émotions, ressource naturelle à préserver ou frontière à franchir, le thème de l’air, choisi pour cette édition 2021, se révèle d’une grande richesse sémantique et une véritable source d’inspiration.

    La sélection de 2021

    aile, nom

    allure, nom

    buller, verbe

    chambre à air, nom composé

    décoller, verbe

    éolien, adj.

    foehn, nom

    fragrance, nom

    insuffler, verbe

    vaporeux, adj.

     

    Les œuvres des lauréats

     

    Les ailes qui s’assemblent

    Les ailes des oiseaux, quand ils volent, c’est très beau.

    Les ailes des papillons, quand ils volent, on dirait que les couleurs se mélangent de plus en plus.

    Les ailes des albatros, quand ils volent, ça fait comme des poissons d’ailes, elles sont transparentes.

    Les ailes des licornes, quand elles volent, elles sont brillantes et multicolores.

    Les ailes des guêpes, quand elles volent, ça fait bzzz et ça fait peur, parce que ça pique et ça fait mal.

    Les ailes des poissons volants, quand ils volent, on dirait qu’on vole sur leur dos.

    Les ailes des aigles, quand ils volent, on voudrait qu’ils nous emmènent vers des lointains horizons.

    Les ailes des cygnes, quand ils volent, c’est trop beau, je voudrais monter et m’envoler aussi sur un grand cygne.

    Les ailes des mouettes, quand elles volent, si une plume tombait, on pourrait la ramasser et la regarder.

    Les ailes des flamands roses, quand ils volent, on a envie de les guider vers nous pour que tout le monde les voie et que les enfants des écoles apprennent beaucoup de choses sur les flamands roses.

    J’aime la vie.

    Je t’aime comme les ailes des oiseaux.

      École Jean-Jaurès - Les élèves de la classe de Moyenne-Grande section de Lydie Gaillard


     

     

       Anja Terver - 10 ans, élève de CM2 à l'école élémentaire d'Henri-Wallon


     

    Respiration

    J’inspire.

    Je hume le parfum palatable des mets qui s’étalent devant moi. Je ne les vois pas. Pourtant, mes papilles décollent au contact de leurs sympathiques caresses. L’air de rien, mon cœur de gourmand continue de battre la chamade, au rythme sans limite, à l’allure presque folle. Je suis comme un oiseau au paradis des arômes enivrants.

    Ce parfum est une respiration. Qu’est-ce donc ? D’où vient-il ? Sa manière d’insuffler la vie dans mon être furibond est une poésie sans nom, un aria secret qu’écoutait les femmes du siècle des Lumières, engoncées dans leurs pet-en-l’air.

    Cette fragrance me nourrit, entre dans ma chair, me rappelant la chaleur de ce pull en mohair façonnée par la belle Laure, cette bergère au cœur si doux, cette âme sensible aux doigts de fée, cette artiste sans grands airs de star peroxydée.

    La liberté m’envahit. Je suis la libellule qui bulle, les ailes aux quatre vents, souffle éolien presque divin, qui m’emporte vers un monde, au grand air. Je respire, j’aspire, je flaire. Je suis comme le phénix, vaporeux, porté par le foehn, qui survole les sommets de cette langue montagneuse aux neiges éternelles.

    Je rêve. Je m’évade. Je délire. Mon attitude gène. Un éclair de génie et ma jeunesse explose. Bas les masques, je m’envoie en l’air dans un monde plein d’espoir, où le souffle du vent brise l’atmosphère nauséabonde de l’infernal et sempiternel refrain de la mauvaise nouvelle. Je ne suis plus las. J’espère.

    Sans la vie, sans l’amour, j’aurais l’air de quoi ? Se sentir exister, c’est mon oxygène. Jouer avec mes enfants, leur montrer les choses de la vie, les voir grandir en n’oubliant pas la pension alimentaire que je dois chaque mois, souvenir de souffrances indélébiles d’un père tête-en-l’air, c’est une nourriture exquise. Alors je me bats pour ne pas devenir juste ce type, ce courant d’air, sur une photo avec un vague air de famille. Je veux être présent, je veux être vivant, je veux continuer à sentir le parfum de cette vie de partage, cette mélodie du bonheur qui s’éloigne peu à peu.

    Alors je lutte, branché à cette chambre à air de l’existence, m’imaginant dehors à courir comme un cerf au milieu des bois, à crapahuter dans les montagnes de mon enfance, regardant l’aigle fendre l’air de toute sa majesté. Je veux sortir de ce marasme. Je veux guérir pour vivre encore. Alors je respire. J’essaye. Je souffle. Je respire. Je peine. J’étouffe. Je manque d’air.

    J’expire.

       
     Jérôme de Courcelles - 
    Catégorie adulte

     


     

    Je m’échappe de cette chambre à air

    Regarde, je décolle, je pars au loin

    Au gré de mon voyage éolien

    Vois-moi buller, ne pas forcer l’allure

    Chevauchant le foehn,

    À ton tour, à l’aube, déploies tes ailes,

    Plane les fragrances vaporeuses des presles

    Rejoins-moi vite dans l’atmosphère

    Et, là-haut, insufflons à la Terre

    Insufflons de nos amours d’éther

       Alexandre Aimar - Catégorie adulte


     

    De mémoire ancestrale il a toujours existé, mais certains évènements ont fait qu’il en a pris un sacré coup dans l’aile !

    De tout temps, il s’est avéré être source de tempêtes de foehn à l’origine de dommages dévastateurs quant à notre très chère nature.

    Planant au-dessus de toutes sortes de lieux polluants, notamment de décharges sauvages de pneus ou chambres à air, se décomposant à ciel ouvert et entraînant ainsi notre terre vers une sombre agonie, il peut malheureusement se doter d’une fragrance clairement pas des plus agréable à humer.

    Dans le but de développer de l’électricité, il a été créé des parcs éoliens, qui, selon la conviction de chacun d’entre nous, vis-à-vis de cette source d’énergie pourra heurter, ou pas, nos sensibilités visuelle et auditive.

     

    Il est vrai que diverses régions s’en trouvent loties d’une allure flirtant presque avec le monde robotique.

    À ce jour, notre planète souffre encore d’anciennes catastrophes nucléaires, où l’air chargé en nanoparticules radioactives est bien loin de s’apparenter au sens couturier de l’adjectif vaporeux.

    Deux autres sujets, telles la culture générale et la richesse du vocabulaire peuvent s’ajouter à cette liste non exhaustive :

    • Pour le premier, il peine à décoller vers des sommets d’excellence.

    • Pour le deuxième, il semble réduit à buller au sein d’une sphère très éloignée de l’éloquence.

    Enfin, par le port des masques, nous avons perdu voire presque oublié ses caresses qui venaient insuffler de si douces sensations de liberté et légèreté sur nos visages, mais il est absolument vital de les mettre.

    Trop de pessimisme dans tout cela ? Oui, certainement.

    Toutefois, je reste convaincue que nous parviendrons à améliorer sensiblement quelques-uns de ces points de réflexion en agissant et réagissant tous ensemble, liés comme jamais.

     

       Sophie Degorre-Alozy - Catégorie adulte


     

    C’est une technologie éolienne, qui souffle à bas bruit

    Un vent loin du foehn, mais qui peut sauver des vies.

    Comme une pompe qui gonfle une chambre à air percée,

    C’est un mouvement perpétuel qu’on ne doit pas arrêter.

    Car ce respirateur qui insuffle de l’air au patient,

    Évite que ce dernier ne batte de l’aile trop précocement.

    Je m’attelle à mon travail, c’est de décoller les sécrétions

    De mon patient ventilé/sédaté car elles noient ses poumons.

    Ma journée est finie, je peux enlever mon équipement :

    Masque, surblouse vaporeuse, charlotte et paire de gants.

    Je vais buller chez moi, je ne peux pas faire autrement,

    En ces temps de Covid, nous sommes en confinement.

    Sur le chemin du retour, je marche à faible allure

    Pour profiter de la fragrance d’être en liberté à l’air pur.

    En ce week-end de Mars, j’étais sur le pied de guerre,

    Car j’étais le kiné de garde à l’hôpital Antoine Béclère.

     

       Olaf Dorto - Catégorie adulte


     

    L’année de mes 40 ans, je survécu à un grave accident qui me laissa 15 jours dans le coma.

    À mon réveil un médecin se tenait près de moi. Il prenait des notes dans un calepin. Il prit le temps de m’expliquer ce qui m’était arrivé et la chance que j’avais d’en avoir réchappé avant de m’annoncer qu’il me faudrait quelques semaines de traitements puis encore 6 mois de rééducation avant de retrouver une liberté de mouvements.

    On était en juin et une fenêtre sur ma droite me laissait observer le soleil qui doucement déclinait, baignant ma chambre de couleurs d’or et de miel.

    Couché dans ce lit avec ces tuyaux dans mes bras, incapable de bouger et livré aux soins infirmiers, je prenais soudain conscience qu’ici-bas, rien ne durait vraiment.

    Je choisis alors d’accepter cette brutale interruption pour prendre soin de moi afin plus tard de réaliser au moins un de mes rêves de gosse, le plus grand : Déployer mes ailes et apprendre à voler. Après toutes ces années passées à buller, je tenais mon destin : Oui c’était décidé, un jour viendrait où je pourrai décoller !

    Durant les 9 mois qui suivirent, cette idée ne quitta plus mon esprit et au printemps suivant je retrouvais mon chez-moi.

    À présent rétabli je me rendis au club de pilotage le plus proche, à tout juste 20 minutes d’ici.

    Trop heureux de tenir sur mes jambes, j’y allais à vélo et à bonne allure, bravant le foehn qui soufflait ce jour-là. En homme prévoyant j’emmenais mes papiers, de quoi boire et une chambre à air, pour parer à tout hasard.

    Arrivé sur place je rencontrais un personnel souriant et attentionné. On m’installa dans un petit bureau pour y attendre l’officier d’instruction qui devait ensuite traiter mon dossier.

    Ce fut une femme qui entra. Elle portait un pull clair vaporeux ; ses cheveux d’un brun magnifique se conjuguaient au bleu intense de son regard. Encore aujourd’hui il me suffit de fermer les yeux pour me rappeler son parfum ; une fragrance subtile aux notes sucrées de raisin.

    Elle devint mon instructeur et m’insuffla au fil d’une formation forte en émotions, sa passion du monde éolien avant de m’accorder 3 ans plus tard, le bonheur d’être papa.

    Ainsi va la vie : des heures les plus sombres naissent parfois les meilleurs choses qui soient et si l’on sait s’en remettre au destin cela se produit plus souvent qu’on ne le croit.

     

       Régis Peterlin - Catégorie adulte


     

    Lors d’une matinée printanière et agréable, mais néanmoins venteuse, bercée par le bruit des ressacs le long de la plage, je parcourais la piste cyclable longeant celle-ci en chevauchant mon tout nouveau vélo blanc. Le sable, balayé par le foehn venant du sud, formait un magnifique relief éolien allant d’un ton jaune pâle à doré.

    Je croisais alors un homme venant à contre sens, véhiculé de la même manière, vêtu d’une tenue de sport et à l’allure plutôt fière.

    À son passage, je sentis se dégager une fragrance de déodorant masculin.

    Je me retournais discrètement sur son passage quand la réalité revint brusquement :

    Mon vélo, fatigué de tous ces kilomètres, céda par la roue arrière, la chambre à air vidée de sa substance.

    N’ayant pas de rustine et étant pragmatique, je décidais de m’arrêter et de m’allonger sur le sable tiède, pour buller quelques instants, le regard vers le large et le bleu profond de la mer.

    Je vis alors un groupe de goélands, les ailes grises et blanches déployées, décoller de l’eau en raillant en chœur. Après avoir plané quelques instants à la surface du rivage, marée haute, ils atteignaient enfin le ciel vaporeux.

    Emplie d’un sentiment de plénitude, j’insufflais une grande bouffée d’air iodé.

    Je repartirais, certes pieds à terre et vélo à la main, mais ressourcée plus que jamais.

     

       Marike Bérard - Catégorie adulte


     

    Aujourd’hui est mon jour, je suis prête et armée

    J’ai aiguisé mon corps, affûté mon esprit.

    Parfois dans mes poumons j’ai insufflé la vie.

    Telle une chambre à air, d’un cycle ranimé.

     

    Mistral ou éolienne, sirocco ou bien foehn.

    J’ai lutté face aux vents en déployant mes ailes.

    Respiré les fragrances de fleurs aériennes.

    Dans les brumes vaporeuses de montagnes cruelles.

     

    Je ne vais pas briller, ni soigner mon allure.

    Dans l’aube qui éclot, il est temps. Je m’envole.

    Je m’élance et je cours, mes rêves me rassurent.

    Même si d’un fauteuil, jamais je ne décolle.

     

       Sylvie Pierre - Catégorie adulte


     

    Surgissant de nulle part un oiseau géant qui paraissait sorti d’un conte fantastique pour enfant, fendit l’air à vive allure et plongea directement vers lui.

    Il se posa délicatement sur la rive en un léger bruissement d’ailes malgré son imposante taille.

    Ses plumes irisées se reflétaient sur l’eau en touches de couleurs dansantes, comme le font parfois les vitraux sur le sol des églises lorsque le soleil les traverse.

    L’oiseau féérique pencha délicatement la tête vers l’homme et à la plus grande surprise de ce dernier ouvrit le bec pour parler dans une langue harmonieuse mais néanmoins inintelligible pour l’humain qu’il était.

    L’animal ne semblait pas avoir de mauvaises intentions et l’homme avait suffisamment nagé, pris le temps d’observer les poissons s’amusant à faire buller la surface de l’eau et d’admirer les myriades d’insectes aquatiques se laissant chahuter par les caprices de l’air chargé des fragrances des fleurs qui entouraient le bassin naturel.

    L’oiseau l’invitait tout simplement par le geste à s’installer sur son dos, au creux du lit vaporeux formé par ses plumes multicolores. L’homme grimpa doucement au cou de cette curieuse monture aérienne et atterrit sur ce coussin moelleux.

    Ils décollèrent sans plus attendre, prenant rapidement de l’altitude puis se laissèrent porter par les courants chauds insufflés par le pouvoir éolien du foehn.

    Le vent sifflait aux oreilles de l’homme semblable au bruit produit par la pression sortant d’une chambre à air percée. Il préférait mille fois ce nouveau moyen de locomotion si confortable à son vieux vélo qui avait la fâcheuse habitude de crever, surtout quand il était en retard pour aller travailler. 

    Il imagina la tête de ses collègues quand ils le verraient arriver sur un tel équipage !

    Il allait être le héros du jour, on en parlerait dans la gazette communale !

    Soudain l’oiseau émit un son strident qui le sortit de ses pensées. Un vol migratoire d‘oies cendrées à observer ? Une zone de turbulences en vue ? Un aigle qui les attaquait ?

    Malheureusement non, le danger était beaucoup plus terre à terre : L’alarme du réveil qui s’évertuait à le faire sortir de son rêve… Il se leva de mauvaise grâce mais sourit à l’idée que peut être la nuit prochaine, il pourrait continuer son voyage au gré des vents.

     

       Isabelle Lucas - Catégorie adulte


     

    Le défi

    Mon RER entre en gare du Nord, je décompte le nombre de stations restantes avant mon arrivée à la station Robinson. Dix, onze, douze, treize, quatorze ! Quatorze arrêts ! Je me lance alors le défi suivant : rédiger mon texte en quatorze arrêts.

    Les portes de la rame se referment à l’unisson, dans un claquement simultané, presque chorégraphié. Alors que l’allure de mon train augmente, je sors de mon sac une feuille blanche et un crayon à papier. Je relis une dernière fois les dix mots de l’édition 2021. Mes yeux parcourent la liste avec attention avant de se figer brusquement. Feuh… Foh… Faun.. Foehn ? Hein !

     « Châtelet-les halles » lance le haut-parleur du milieu de rame. Le RER ralentit, les quais chargés de passagers confirment l’affluence des voyageurs déjà présents dans la rame. Je distingue alors un cycliste, vraisemblablement victime d’une crevaison. C’est tout du moins ce que je suppose à la vue de la chambre à air qu’il tient dans sa main droite et à sa mine des mauvais jours.

    Foehn, Foehn Foehn, mais qu’est-ce que cela peut bien pouvoir signifier ? L’homme assis à ma gauche semble s’intéresser à mes écrits, ou plutôt, à ma feuille de papier, toujours vierge à ce stade. Nos regards se croisent le temps d’un court instant. L’écusson brodé à sa veste comporte deux ailes dorées. Un pilote d’avion semble-t-il. Nul doute qu’il doit savoir ce qu’est le foehn… lui ! Oserais-je lui demander au lieu de buller ? Nous sortons du réseau ferré souterrain, dehors la météo est maussade. Le ciel vaporeux ne laisse présager rien de bon pour la fin de journée. Le vent souffle fort, très fort, il va pleuvoir. Conséquence directe de notre remontée en surface, le réseau internet est alors de meilleure qualité. J’accède rapidement à un premier article issu du Bimensuel de l’Eolien. Dans sa parution de Janvier, le magazine traite de l’effet de Foehn. J’y apprends ainsi qu’il s’agit d’un phénomène météorologique que l’on observe généralement dans les vallées des alpes suisses et autrichiennes. Cela me suffira ! Je suis fin prêt, j’inspire à pleins poumons et commence alors ma rédaction.

    Les premières gouttes de pluies viennent s’écraser contre les vitres du RER. Elles semblent glisser en traçant une course sinueuse et aléatoire sous l’effet de la vitesse de la rame. Un adolescent à ma droite se lève. Il porte une fragrance de mauvaise facture. Je le sais car ces effluves me rappellent celles des parfums que l’on peut acheter en grande surface. Nous quittons la gare de Sceaux. Il ne me reste plus que quelques minutes de trajet avant d’atteindre ma destination. Je gribouille, corrige, raye puis efface. Il ne me manque plus que deux mots, juste quelques lettres à retranscrire sur un morceau de papier. Les secousses grandissantes de la rame me font comprendre que nous approchons des derniers aiguillages et insufflent en moi un dernier élan d’écriture. J’y suis presque, encore un petit effort.

    « Robinson – Terminus ».

    Il ne me reste plus qu’à décoller de mon siège. Il semblerait que j’y soit finalement parvenu.

     

       Sébastien Chereau - Catégorie adulte

     


     

    Chambre à air… printanier

    Printanière !

     

    Le Printemps, le voilà, il surgit, il est là !
    Transparent et mousseux, souffle clair, vaporeux,
    Elève, réveille l’âme des amoureux
    Qui décolle, s’envole et s’enfuit au-delà...

    Cupidon la rejoint d’un coup d’aile et de flèche,
    Lui insuffle le désir de s’aimer, de s’unir :
    Sous un chant éolien, oubliant l’avenir,
    Les galants savourent… ils bullent, se pourlèchent.

    Doux zéphyr, brise folle, Aquilon qui s’affole !
    Les amants au grand air jubilent, cabriolent,
    Vent foehn se démène, à vive allure mêle...

    Et fragrance ravit soupirants si fervents,
    Les sens en jouissance, cœur à corps qui s’emmêlent.
    Ô fol amour soufflant en l’alcôve à tous vents !

     

       Ane de Saint-Martin - Catégorie adulte


     

    Un moment de tranquillité

    Par ce beau matin de fin d'été, j'étais partie à vive allure sur ma bicyclette et je dévalais la pente vers Notre-Dame-de-Bellecombe, enthousiaste et légère comme si des ailes me soulevaient.

    Les oiseaux virevoltaient dans l'air bleu, bien au-dessus de ma tête, et de temps en temps se posaient sur les branchages et décollaient à nouveau en pépiant, espiègles.

    Un soudain « Pschitt » m'arrêta net. La chambre à air avant se dégonflait, sans doute mal réparée par mes soins…

    Tant pis ! Je trouvais un agréable coin d'herbe fraîche et m'installais confortablement au soleil, avec le projet de buller, et d'admirer la vue sur la Chaîne des Aravis, bercée par le doux foehn transalpin. Profite du dernier jour de tes vacances !

    À quand les vélos éoliens, pensai-je ? Ils m'éviteraient ces déconvenues récurrentes.

    En attendant, assise dans la prairie, je jouissais des fragrances florales, qui sauraient m'insuffler un nouveau courage pour repartir, et laisser rouler au bout de mes bras, l'engin bancal vers le village encore vaporeux.

       Sylvie Welcker - Catégorie adulte


     

    L’oiseau

    Allongée à l’ombre d’un grand arbre, une capeline en paille visé sur le crâne, j’admirais la crête vaporeuse des Alpes. J’avais quitté la capitale pour le week-end de Pâques et je bullais, heureuse, à l’abri des rosiers qui s’alignaient dans le jardin de mes grands-parents pendant que Grand-mère s’activait au-dessus de ses confitures. Ma vie trépidante d’urbaine sédentaire, avec le bruit, la pollution et les odeurs acres du métro, était un lointain souvenir dont je chassais les émanations néfastes de mon esprit alangui.

    Pas encore midi. Pourtant, ma robe légère collait déjà à ma peau de blonde pâle et fragile qui rougissait plus vite qu’un homard plongé dans un fait-tout bouillant. J’étais étendue sur un vieux transat en toile rêche, martelée de moisissures que j’avais protégées d’une serviette. Les jambes nues, les orteils offerts au soleil qui dansait autour d’une ligne incertaine, j’avais posé sur l’herbe fraiche le livre que j’avais déniché dans la bibliothèque du salon sans réussir à en lire un seul chapitre. Mes yeux se fermaient doucement.

    Le vent sec et chaud de mon enfance descendait des Alpes, me rattrapant au gré de ma somnolence. Il véhiculait la fragrance fragile des roses qui chatouillait subtilement mes narines et alourdissait ma conscience d’une puissante torpeur. Partout, le silence. Ou presque car, malgré le foehn qui brûlait sa gorge comme une chambre à air gonflée à bloc, un oiseau donnait de la voix. Il était délicatement perché au-dessus de ma tête, encensant cette journée qui s’annonçait la plus belle du printemps. Ses délicates ailes bleutées battaient la mesure tandis qu’il chantait à tue-tête. Son allure éolienne enchantait mes yeux, me rassérénant de ce chant fragile et pourtant si majestueux que seule la vie savait insuffler à Dame nature. Mais, en comptant les secondes, je mesurais le moment que l’oiseau choisirait pour prendre son envol et celui où, les yeux mi-clos, je décollerais vers la promesse d’un sommeil de début d’après-midi réparateur.
     

       Sophie Servin - Catégorie adulte


     

    Un air de bonheur

    C'est le coup de foudre entre deux personnages qui ne manquent pas d'air.

    Le bonheur est comme l'air, tant qu'il est là il faut le respirer.

    Léopold est un ornithologue fraîchement diplômé. Il roule à vélo à vive allure le long du Lac Léman quand soudain il crève. Il profite du Lac pour repérer la fuite et fait buller la chambre à air. Il insuffle de l'air grâce à sa pompe à vélo.

    Son tempérament taquin et jovial, à l'humour potache, l'incite à étudier la mouette rieuse. Que dire de cet oiseau qu'on observe communément sur les rives maritimes ? Les ailes déperlantes sont d'un gris perle assez clair, les parties inférieures sont toutes blanches.

    Un brin essoufflé par la panne, il embarque sur l'un des bateaux pour une traversée Lausanne-Évian. Il dégaine ses jumelles et répertorie sur sa tablette les différents spécimens comme le cygne, le fuligule morillon, le cincle plongeur, le canard colvert et j'en passe...

    Les touristes à bord, surexcités, s'extasient devant ce spectacle de toute beauté. Eux aussi observent les oiseaux qui décollent au passage du navire.  Le ciel vaporeux illumine tout le paysage.

    Le foehn disperse les fragrances des fleurs et des arbres plantés à proximité de l'embarcadère.

    Il aperçoit Léa, une scientifique française, et c'est le coup de foudre réciproque. Ses longs cheveux blonds virevoltent au vent, créant ainsi un halo doré tout autour d'elle.

    Ils sont tous les deux mandatés pour évaluer le projet de construction d'un parc d'éoliennes au milieu du Lac. Léopold est formel : les oiseaux ne le supporteraient pas. Le risque de collision avec les pales est trop important. Léa n'est pas en reste. Elle mesure des vents tournants écartant ainsi toute installation.

    Chacun enfourche sa bécane, ils se rendent au centre-ville pour mieux se découvrir. Là-bas, ils empruntent le funiculaire qui les emmène à un belvédère. Ils profitent du panorama sur le Lac. Par ce temps printanier, il est quasiment impossible de distinguer l'eau du ciel au loin.

    Au retour, ils récupèrent leurs vélos et rejoignent une esplanade bien dégagée. Une montgolfière multicolore s'apprête à décoller. Ils montent avec fougue dans la nacelle pour un baptême de l'air.

    Léo et Léa, ivres d'amour et de champagne servi par le pilote, se blottissent l'un contre l'autre près du brûleur et admirent les massifs alpins éclairés par le soleil couchant.

    Ils s'élèvent dans les cieux en chantant à tue-tête différents airs.

     

       Aline Laszlo-Rousselle - Catégorie adulte


     

    Il n’y a plus d'oxygène dans cette bouteille ! Heureusement qu'il reste encore un petit peu d'air dans cette modeste chambre ...

    Ma mère aime le parfum. Celui de la figue, entre autres ...

    À chaque fois qu'elle respire les effluves d'un flacon, elle insuffle à la pièce une atmosphère d'ailleurs. D’abord, la fragrance gonfle ses poumons, puis elle en ressort comme poussières d'or. Des orangers de Séville aux patchoulis de Manille, tout la ramène au voyage.

    Facile de décoller, que ce soit dans ses rêves ou en réalité.

    Il fait parfois si triste que, la nuit, ma mère prend le large. Enfin seulement quand sa respiration le lui permet. Elle a appris à profiter de ses songes au maximum. Un soir, elle a fait l'aller-retour Paris - La Lune - La Lune - Paris à bord d’un side-car à l’apparence d’une figue en pâte d'amandes. Elle avait rencontré Niels, un type étrange mais bienveillant, Rue de la Lune à Paris. Celui-ci portait un chapeau mauve à plumes de paons et montait un attelé-mono-cycle-jaune dont l’unique chambre à air n'avait besoin de roue ni de pneu. Auréolé d’un cercle rouge et vaporeux, cet engin permettait à l’Arestrup d'emmener les écorchés faire une balade thermosphérique.

    Elle avait fière allure, ma mère, quand elle a surplombé la Terre.

    Buller, buller, buller ! Tant que la bulle n'éclate pas ...

    Aussi, pour fixer sa frange, elle use de ruses avec mésange : « Un souffle éolien contre un soufflé Scabèche ! » … Déposer les armes, jamais. Le bigoudi non plus, alors le foehn, n’en parlons pas. À Genève, on se sèche les cheveux avec un « foehn ». Poétique lorsque l'on sait que c'est un vent sec mais sensuel des alpes suisses. Cette fois c’est sûr, bonnes ou mauvaises, les influences ont toujours le dernier mot. Elle habitait le 5 de l’Allée Louis Levau.

    Sur son dos deux cicatrices. Amputée de ses deux ailes, cette odyssée l'a transportée.

    Prendre l’air … Tout ce qui compte entre deux détresses …

     

       Hugo Khalifa - Catégorie adulte


     

    J'ai besoin d'air Cancer, moi Sagittaire !

    Une tête qui s'agite, un cœur qui se révolte ! Pas facile de régner sous bas-fonds quand l'araignée se trouve au plafond. Par tous les moyens la déloger ! Quitte à buller trois mois dans une bulle étanche de savon noir, aucune échappatoire. Lui faire passer l’envie d'insuffler ses sottises à tout le monde !

    Allez, arrête, ouvre la porte et sors ! Ou courbe ton corps et pleurs ! Tu ne pourras t'en prendre qu'à toi-même. Laisse ton écharpe là et place toi face au foehn, ce vent si peu vaporeux. Il sèchera les larmes qui creusent les sillons de ta peau et posera une attèle à chaque patte d’oie. Tes ailes, je veux que tu les déploies, que tu décolles et que tu t’envoles pour une fois ... Qu’est-ce que tu attends !?

    Je n'attends pas, je cours, j'agis, d'un coup, le désamour jaillit. Parfois sans réfléchir aux bêtises que je peux dire ni au mal que je peux faire. Pas plus tard qu’hier, je n'avais pas l’allure fière. J'avais le souvenir de sa fragrance à portée de main. Au lieu de plonger mon nez dans l'étoffe, j'ai précipité la catastrophe. Une tige coupée net, une tête qui se fige. Un chagrin « dément-vahit ». Contempler deux courants éoliens danser, voilà tout ce que je voulais.

    Il était pour moi unique au monde …

    Depuis ce jour et cet ultime soupir, je ne rêve plus que d’une chose, retrouver le bonheur de son sourire. L’enlacer, plus jamais le laisser partir. Lui dire à quel point je regrette mes dires, à quel point je ne veux plus médire. Il faut peu de temps pour tout casser, beaucoup pour bâtir, encore plus pour reconstruire. Mais, le temps qu’il faut, ça prendra.

    Dominant la canopée, cette cabane hautement perchée, « chambre à air » on l’appellera.

    Bouturer sa tige coupée, faire de sa chute une lutte armée. Le même air que toi je veux respirer ! Regarder Paris-Texas à tes côtés, sur La Madrague nos deux voix mêlées, voir Zazate et mourir, sans tout ce qui nous égarait.

     

       Céline Palosanto - Catégorie adulte


     

    Atmosphère

    Partir, « tout plaquer », « changer d’air », ces mots raisonnaient en elle comme une porte qu’on claque avec fracas. Elle avait déjà fait de longs et grands voyages, mais aujourd’hui, c’était totalement diffèrent. Un besoin viscéral de se changer les idées la hantait. Respirer, sentir gonfler ses poumons comme une chambre à air, une envie de sentir pousser des ailes, de s’envoler, décoller, vers d’autres univers.

    L’année qui précédait l’avait durement éprouvée, elle n’avait plus la même allure, son pas comme son esprit n’étaient plus si légers. Elle avait senti en elle s’insuffler un vent de désespoir mais le pire de tout, c’est que tout cela s’était généralisé. Interdiction de buller, elle qui adorait flâner, était privée de ces petits plaisirs qui la galvanisait : humer la fragrance des fleurs du printemps, se délecter d’une mousse à la terrasse d’un café, s’étendre dans un parc sur une simple couverture, profiter de l’air vaporeux des soirs d’été qui approchaient… presque tout était défendu désormais !

    Elle avait l’impression constante d’étouffer. Masquée, comme défigurée par les filtres superposés sur son visage, cela lui rappelait le foehn lorsqu’elle était enfant et que tout lui paraissait déjà trop petit dans sa vallée. Elle regardait par-delà les montagnes et rêvait de s’évader dans les airs. Elle hurlait de tout son être mais le son de sa voix s’enfuyait dans un chant éolien.

    Tout lui revenait à présent et elle avait la sensation de n’être jamais vraiment partie, de n’avoir jamais quitté son petit pays…

     

       Alexandra Chazalon - Catégorie adulte


     

    Ma mère avait un parfum qui se nommait « Air du temps ». Dans la chambre de mes parents où nous ne pénétrions qu’exceptionnellement, le précieux flacon logeait dans la vieille armoire héritée du grand-père Gustave. Je savais qu’il était là. Je l’avais aperçu plusieurs fois alors que ma mère choisissait une cravate pour les rares occasions où mon père portait un costume. Et puis un jour, elle m’avait dit : « Tu peux aller chercher la cravate bleue ? ». Je considérais que c’était une marque de confiance que j’allai bientôt avoir la sensation de trahir.

    Je pénétrai dans cette pièce au papier peint clairsemé de petits bouquets beige, car « le beige, ça va avec tout », avait décrété maman. Lorsqu’il l’avait posé, mon père nous avait embauchées ma sœur et moi, pour passer une grande raclette afin d’éviter au papier de buller sous des restes de colle. C’était fastidieux et il n’avait émis que peu d’encouragements pour nos efforts. Il considérait que cela faisait partie des travaux d’intérêt familial auxquels nous ne pouvions échappés.

    Alors, je m’approchai de l’armoire en chêne ouvragé, tournai la grosse clé. La serrure avait un bruit caractéristique en deux temps. Le deuxième son, claquant sèchement, pouvait être entendu depuis la cuisine où se trouvait ma mère. La lourde porte s’ouvrit. Le flacon apparut juste à la hauteur de mes yeux. Il était bien là. Il reflétait une lumière dorée scintillante. J’avais d’abord été étonnée de sa petite taille, les publicités des journaux le présentant en pleine page faisant trois fois sa taille réelle. Il avait belle allure avec sa forme d’amphore légèrement vrillée surmontée d’une colombe en verre poli prenant son envol. Je pris délicatement le flacon, retirai l’oiseau et, l’approchant de mon nez, fermai les yeux.

    L’oiseau blanc battant des ailes décollait, laissant dans son sillage une fragrance à la fois fleurie et épicée, où l’œillet et la rose se disputent la bergamote, où le jasmin, l’iris et le gardénia se promènent dans les bois de santal et de cèdre. La chambre de mes parents devenait une chambre à air parfumée dont le souffle me ramenait dans le jardin qu’entretenait mon grand-père. Il avait pris soin dans son petit terrain d’y planter des espèces fleurissant à des saisons différentes. Il y avait insufflé un léger esprit japonais. Au premier plan quelques fougères, de la mousse, puis un peu plus loin un érable panaché de rose et de vert au printemps, rougeoyant à l’automne, côtoyant à quelques pas un if taillé en nuages. Je me souviens particulièrement du daphné en fleurs. Dès la fin de l’hiver, sa forte odeur de jasmin nous faisait patienter jusqu’à la sortie des crocus puis des iris mauves ou jaunes.

    Tout à coup un brusque coup de vent poussa l’un des vantaux de la fenêtre mal fermée et le fit claquer contre le mur, me faisant ouvrir les yeux. Les rideaux vaporeux s’envolaient dans un souffle chassant parfums, jardins et saisons. Je ne refermai pas immédiatement la fenêtre. La vue de ce côté donnait sur la montagne. L’air était chaud et sec. Quelques cumulo-nimbus s’égaraient au-dessus de nos têtes et au loin au-dessus des sommets de gros nuages gris poussifs semblaient ne plus pouvoir franchir la montagne. Entre les deux, une percée d’un bleu éclatant : l’effet de foehn était à l’œuvre. Il fera fondre la neige rapidement. Chouette, nous pourrons randonner dimanche si les dieux éoliens ne s’en mêlent pas trop.

    « Alors cette cravate, tu trouves ? » dis ma mère.

       Elisabeth Marguerite - Catégorie adulte


     

    Fenêtre sur cœur

    Aux fenêtres… Y voir refléter son histoire…

    La vie vivante virevoltante… De mémoire…

    Aujourd’hui, rues, allées, insipides, vides…

    Sans allées et venues, seul le vent envoie ses ondes…

     

    Quand l’on se prend un tel vent, prendre du recul…

    S’élever, vol-au-vent, sortir de cette bulle…

    J’irai sans chambre à air… Ce qui n’irait de pair…

    De l’aile vient la plume, dont les mots fendent l’air…

     

    Décoller de cette terre, à terre, atterrée…

    Prendre les airs, en une gravité altérée…

    Alors, à l’heure, en alerte, de fière allure…

    Aux cœurs en éraflures, en fêlures, en craquelures…

     

    En chœurs, encore, laissez s’envoler nos cœurs…

    En corps sans faire corps… Barrières apprises par cœur…

    Filer sous le vent éolien… Pas qu’un instant…

    Partout présent… Par tous les vents… Par tous les temps…

     

    Du foehn en monts et en large vers l’ascendant…

    À la fragrance de sa rosée, en descendant…

    Du mistral à la tramontane, autant de vents…

    De l’autan, temps des vents et un soleil… Levant…

     

    De son soupir, le vent se vole, se voit faiblir…

    De son souffle, une lutte pour qu’il respire…

    En ère sans barrières, sans liberté ravie…

    Démasqués… Nos lèvres jointes insufflent la vie…

     

    Evaporé, rêve vaporeux, réel affiné…

    Chambre à terre… Enfermé… Bullé… Confiné…

       Corentin Fernagut - Catégorie adulte


     

    Un air d’hiver à l’Étang Colbert

     

       Laurence Krebs - Catégorie adulte


     

    Une chambre à air : qu’est-ce que ce vocable désigne ? À ma fantaisie, sous confinement, quatre murs où buller dans la fragrance d’une bougie, qui se consume lentement, sous le signe de l’ennui, un pauvre réduit d’où l’esprit, par la fenêtre, prend son envol, décolle sur l’aile d’un nuage qui passe, dans le ciel vaporeux, à toute allure, poussé par le méchant foehn du printemps, un puits de silence où seule, dans mes rêves, la douce mélodie des harpes éoliennes viendrait insuffler quelque mystère à ce lieu familier, ma chambre, trop connue, trop exiguë, trop parcourue, où l’air même vient à manquer.

       Annie Vernhes - Catégorie sénior


     

    1927, Fort de Cap Juby, Tarfaya, Maroc

    Combien de temps le chef d’escale de l’Aéropostale resterait-il à buller sous la fournaise, à l’ombre du hangar, guettant l’arrivée compromise par un violent cyclone de son frère de ligne, Guillaumet, risque-tout comme lui du courrier d’Afrique ?

    C’est alors qu’il se souviendrait du jour de la panne, un Casa/Dakar, la routine ou presque. Casse moteur, cloué au sol en plein Sahara ! Pas le moindre souffle d’air, ni foehn ni vents alizés en perspective pour faire frémir l’aile de son Salmson. Alors de là à décoller…

    Il replongerait dans la magie de la rencontre avec ce « petit bonhomme tout à fait extraordinaire ».

    « Endormi sur le sable à mille milles de toute région habitée »*, Antoine avait cru percevoir « une drôle de petite voix » :

    « S’il vous plaît…dessine-moi un » vélo !

    « Hein ! »

    « Dessine-moi… un » vélo ! Ses deux roues, leurs rayons avec des écrous papillon, sans oublier les valves de chambre à air.

     

    Il avait malhabilement crayonné, tentant d’exaucer cet improbable vœu. Mais avait-il vraiment entendu le petit prince ajouter :

    « Non ! Celui-là » a une roue crevée. « Fais-en un autre. »

    Qui avait bien pu, comme par miracle, insuffler à Saint Ex, perdu dans cet aride relief éolien, un regain d’énergie pour replonger les mains dans le cambouis ? Il restait « à peine de l’eau à boire pour huit jours. »

    Et comment aurait-il pu imaginer, dans l’interminable attente d’un jour sans vol à contempler la piste désolée de Tarfaya, qu’il servirait bientôt l’Aeroposta Argentina en rejoignant Mermoz ?  

    Qu’il serait ensorcelé au premier regard par Consuelo, son allure inimitable, son envoutante fragrance et ses vaporeux cheveux, noir de jais ?

    Qu’il l’inviterait, le jour-même à un scabreux survol de Buenos Aires, exigeant un baiser : « Embrassez-moi ou je vous noie. », accompagné d’un piqué faussement hasardeux. Puis… lui demanderait d’être sa femme... avant de rejoindre la terre ferme, bien entendu.

    C’est ainsi qu’elle en ferait l’aveu** :

    Consuelo Suncin Sandoval, Comtesse Antoine de Saint Exupéry

    *Antoine de Saint Exupéry - Le Petit Prince

    **Consuelo de Saint Exupéry - Mémoires de la rose

       Odile Huttin - Catégorie sénior


     

    La mouette

    Une mouette au loin s’élance

    d’une aile vigoureuse et blanche

    douce et fluide elle fend l’air

    effleure le flot vert

    et fond dans un ciel vaporeux.

     

    Transparente aérienne

    quelle allure d’éolienne

    portée par le souffle du zéphyr.

     

    Le foehn ne l’atteint pas

    elle est la reine du ciel

    elle décolle et elle plane

    comme un léger aéroplane.

     

    Moi en l’admirant je bulle

    allongée sur le sable blond

    entourée de fragrances tropicales

    et de silence infini et troublant.

     

    Les dieux m’ont insufflé la vie

    m’ont remplie d’énergie

    et je saute dans une chambre à air

    pour me balancer sur la mer…

       Danièle Élom - Catégorie sénior


     

    Terre, mer, vents…

    Comme presque tous les jours, je me promène le long de l’aber. Avec le vent, les nuages filent à toute allure, et les goélands, ailes déployées planent dans le ciel en criaillant. Le ressac tape sur les rochers déchiquetés, mélange d’écume et de débris végétaux. Les courants arrachent les algues à quelques centaines de mètres d’ici ; les goémoniers travaillent sans repos en cette saison. Pas le temps de buller !!! Le bras mécanique (le scoubidou!) monte et descend sans relâche, chargeant les bateaux jusqu’aux plats bords.

    Plus loin, les herbes sèches ploient sous un vent chargé d’humidité. Tout le contraire du foenh rencontré l’été dernier lors des vacances dans les Alpes, ce vent chaud qui séchait notre transpiration au fur et à mesure des montées.

    Encore un kilomètre ou deux à l’intérieur des terres, et le parc éolien apparaît : les hélices alignées tournent, parfois paresseuses dans l’air vaporeux, parfois démons furibonds semblant insuffler encore plus de mouvements désordonnés dans les blés déjà hauts. Superposition de champs visuels, bien sûr, car une certaine distance existe entre eux…. Nez au vent, cette fragrance magique « pour une fille de la ville », mélange de terre humide, de cultures et de fleurs attisent une imagination déjà débordante. Elle décolle dans le temps, imaginant les paysans qui depuis des siècles vivent dans ce paysage presque immuable. Enfin, presque… Les éoliennes ont déclenché de sacrées bagarres ; les talus disparus regagnent peu à peu du terrain, protégeant les petites parcelles telle une chambre à air pour un pneu dégonflé, coupant ce vent quasi permanent sous lequel tout ploie….Il suffit de regarder la forme prise par ces arbres, courts, tordus, pour imaginer ce flux constant….

    Mais que serait le nord Finistère sans ses vents, tierce partie de son ADN ? 

       Catherine Faguette - Catégorie sénior


     

    Air de rien…

    On ne sait pas que l’on respire

    Comme on sait que l’on boit et que l’eau nous est vie

    Ainsi que le chantait de Saint-Exupéry.

    Et pourtant les airs nous inspirent

    Quand ils sont en dehors de nous,

    Le Sirocco sur les burnous,

    Le Foehn dessus les Alpes piémontaises,

    Ces vents qui tous prennent leurs aises

    Et sur l’aile desquels on voudrait s’envoler.

    Ces courants éoliens qui font tourner les pales

    Des grands moulins à vent tout prêts de décoller

    Et qui jettent nos rires très haut jusqu’aux étoiles.

    Et puis les souffles vaporeux des brises du Printemps

    Lorsqu’elles croisent les roses et volent leur fragrance

    Au cœur de nos jardins où nous allons buller.

    On ne sait pas que l’on respire

    Jusqu’à la chambre à air des réanimations,

    Jusqu’à cet air précieux qu’il faut nous insuffler

    Au tréfonds de nos bronches embrasées par l’inflammation.

    Et l’on comprend alors, quand le souffle vient à manquer,

    Que c’est la vie qui fuit, s’enfuit à vive allure,

    Et que l’air nous est tout, l’amour, le sang, l’azur.

       Dominique Ettighoffer - Catégorie sénior


     

    Qui serions-nous sans toi !

     

    Impétueux ! Quand tes ardeurs tourmentent

    Nymphes et roseaux,

    Les glycines se courbent,

    Et les fleurs d’amandiers s’éveillent au sol.

     

    Tempétueux ! Quand ton allure devient impériale,

    Les anges voltigeurs décollent à tire-d’aile

    Et disparaissent haut dans le ciel à l’envers du soleil.

     

    Ô, dans l’espoir de te revoir !

     

    Prétentieux, quand alizé tu deviens !

    Au crépuscule, tu séduis ombres et lumières,

    Charroies ta fragrance

    Aux senteurs de gaïac et de cannelle

    Au bord de la mangrove,

    Où orphies, gorettes et gambusies bullent sans relâche.

     

    Présomptueux, quand brise légère tu deviens !

    Tu agites avec tant d’allégresse

    Ton vaporeux souffle

    Qu’il soulève mousselines et étoles,

    Emportant avec elles les ailes tu temps.

     

    Orgueilleux, quand foehn tu deviens !

    Alors je songe au désir de te sentir

    Me caresser le visage de ta flatteuse douceur,

    Sécher mes larmes en un éclat de bonheur

    Jusqu’à en libérer mes sens.

                                                                  

    Majestueux, quand éolien tu deviens !

    Ton divin pouvoir déploie un flux d’air si puissant

    Que les cordes vibrent,

    Leurs frémissements nous dévoilent une harmonie musicale

    D’une grâce infinie.

                                                  

    Audacieux, quand tu le deviens !

    Compressées, mélangées, tassées

    Tes molécules animées en pleine étreinte

    Emplissent l’antre d’une chambre à air.

     

    Ô, le sais-tu !

    Ton omniprésence éternelle

    N’est nullement impromptue, si consubstantielle

    À toute vie,

    Quand tu l’insuffles à cœur battant.

    Sans toi, nous ne serions que Néant !
     

      Marie-Christiane Jeau - Catégorie sénior


     

    Le FOEHN s'est levé sur les alpes dissipant le voile vaporeux accroché aux flancs de la montagne. Tout là-haut dans le ciel un aigle majestueux déploie ses ailes se laissant porter par le courant éolien qui l’oblige à accélérer son allure pour rejoindre son aire. Les aiglons nouveau-nés vacillent encore sur leurs pattes. Il voudrait leur insuffler assez d'énergie pour qu'ils puissent oser se risquer à décoller hors du nid.

    Je flâne au bord du lac où se reflètent les pics enneigés. Bizarrement, une chambre à air abandonnées dérive sur l'eau au gré du vent. Une légère fragrance se dégage d'un buisson fleuri. J'ai envie de buller sur un banc en admirant le paysage.

       Anne-Marie Vivent - Catégorie sénior


     

    J'accélère mon allure sur cet engin à deux roues qui se refuse à décoller malgré mes efforts. Pourtant je me sentais pousser des ailes. J'aurais préféré buller tranquille sur ma chaise longue à l'abri du foehn. Mais le courant éolien et le ciel vaporeux m’ont insufflé assez d'énergie pour me mettre en route. Une légère fragrance se dégage d'un massif de cyclamens. Tout va bien… Sauf que ma dernière chambre à air vient de rendre l'âme. J'en suis quitte pour rentrer à pied.

    Moralité : Rigide comme un cyclamen, chevauchez votre cycle… Amen !
     

       Robert Laurent - Catégorie sénior

     


Les pôles